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Lettre d'information
MOUSSY (Nièvre)
15 août 2010
Maquis MARIAUX
Commémoration des combats du 15 août 1944
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Articles Edités

Parution Juin-Juillet 2010

« SI L’ON OUVRAIT MON CŒUR ON Y TROUVERAIT GRAVÉ LE NOM DE CALAIS… »

Ainsi s’exprime Marie Tudor, reine d’Angleterre, qui éprouve un coup mortel lorsque le duc de Guise, en 1558, enleva la place de Calais aux mains des « Goddons » pendant plus de deux siècles.
Une autre reine marquera l’histoire du Calaisis en prenant la défense des célèbres « Bourgeois de Calais » conduits par Eustache de Saint-Pierre condamnés au bourreau par le roi Edouard III d’Angleterre lequel, dès le 3 septembre 1346, huit mois durant, assiègera en vain la place affamée dont il souhaitait en faire une base puissante.
En réalité, à l’été 1347, alors qu’ils se présentent devant le roi « en chemise, les chefs nus, les pieds déchaux, la hart (corde) au col, les clefs de la ville en leurs mains » en se sacrifiant pour éviter aux Calaisiens le fil de l’épée, la reine Philippine de Hainaut épargna leur vie par une supplique au souverain : « Ah, gentil sire… vous prie humblement et requiers pour le fils de sainte Marie et pour l’amour de moi que veuillez avoir de ces hommes merci. »
En 1895, mémorisant cet épisode historique fort connu, le sculpteur Rodin va réaliser une oeuvre en bronze frémissante de vie et d’émotion mettant en valeur ce groupe aux six effigies grandeur nature, hautaines, tendues, aux veines et aux muscles gonflés qui expriment leur noblesse héroïque obligée de s’humilier devant le roi d’Angleterre.
La délégation des « Témoins de l’Histoire » venue en pèlerinage à Calais, en ce samedi 10 avril de l’an 2010, ne manque pas de s’extasier devant ce témoignage concret de l’Histoire de France, une œuvre particulièrement bien implantée avec pour toile de fond le remarquable Hôtel de Ville aux lignes élancées, bâti en briques et pierre, dans le style flamand du XVème siècle qui s’enorgueillit de magnifiques vitraux et d’avoir été le théâtre du mariage du nordique Charles de Gaulle avec Yvonne Vendroux, Calaisienne de souche.
Dans le cadre de son année gaullienne comportant le 70ème anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940, le 120ème anniversaire de la naissance et le 40ème anniversaire de la disparition du Général, notre Association a mise à son programme la visite de ce grandiose édifice municipal où est ouverte, à notre intention, la salle des mariages où se déroula effectivement l’union civile du Capitaine de Gaulle avec Yvonne Vendroux, le 7 avril 1921.
Un soleil radieux transperçant les splendides et lumineux vitraux de l’escalier d’honneur évoquant la libération de Calais de la domination anglaise, nous pûmes, également, admirer successivement les salons d’honneur, la salle du Conseil municipal, le salon d’apparat d’où le Général - accueilli officiellement par son beau-frère Jacques Vendroux alors maire de la ville - sortit par une porte dérobée dans le mur pour échapper à la liesse des Calaisiens qui l’attendaient sur la grand-place.
Une seule chose nous sera refusée, la visite du beffroi - doté d’un joli carillon - culminant à 75 mètres, actuellement en pleine restauration.
Auparavant, notre premier geste avait été de nous rendre, dès notre arrivée, à la stèle érigée par souscription publique, le 10 septembre 1995, afin de marquer ce même mariage, mais cette fois religieux, sur la place même de l’église Notre-Dame.
Là, en compagnie de braves gens efficaces dont Monsieur Gérard Beauvillain de l’Association « Les Amis du Vieux Calais » qui facilita grandement notre venue en Picardie et du Président des A.C.P.V.G. que nous rencontrions pour la première fois, nous déposâmes une gerbe de fleurs après exécution des sonneries réglementaires, et de l’exécution de « La Marseillaise » et de « La marche Lorraine ».
Sur un plan descriptif sommaire, cet imposant monument comporte pour la postérité, sur la face avant, un bronze original en relief aux effigies de Charles et d’Yvonne de Gaulle ainsi que les raisons de son édification et, sur la face arrière, un certain nombre d’inscriptions telles « Un coin de mon cœur est resté à Calais » (Yvonne de Gaulle) ou encore « Pour vous Yvonne sans qui rien ne se serait fait », « La France c’est tout à la fois, c’est tous les Français » (Charles de Gaulle) encadrant une croix de Lorraine creusée dans la pierre.
Notre présence attirera un certain nombre de touristes et de curieux qui vont en profiter pour photographier cette inattendue cérémonie pour eux … cérémonie qui fera, par ailleurs, l’objet de reportages dans les deux journaux locaux.
Un autre moment très fort de notre venue dans le port de la cote d’Opale est la découverte de l’église Notre-Dame, en pleine restauration, dont la masse est visible des quatre coins de la ville, qui nous est ouverte à titre amical sous couvert de Monsieur Dominique Darré, Président de l’Association pour la Mise en Valeur du Patrimoine du Calaisis.
En ce qui le concerne et le moins que l’on puisse dire est que nous avons eu à faire à un passionné d’histoire de « son » église dont il va nous dévoiler les détails, les secrets, ses propres ambitions (qui sont grandes) au profit de cet édifice religieux dont la construction s’étale du XIIIème au XVIIème siècle. Ses brillantes explications faisant l’objet d’une attention studieuse de son auditoire qui ne manquera pas de lui poser moult questions.
Seule église de ce type en Europe continentale qui tire son originalité par son mélange de style (gothique perpendiculaire anglais en particulier) et se trouve sur le chemin de pèlerinage de la Via Francigena (Canterburry-Rome), elle est devenue célèbre de par l’union, le 7 avril 1921, des deux personnages que nous honorons quasiment jour pour jour… quatre vingt neuf ans après !
Que Monsieur Beauvillain soit, à cet instant, vivement remercié de sa compréhension à notre égard et qu’il sache combien nous avons été sensibles à son geste d’offrir à notre Association le document rarissime témoignant l’attachement des deux personnages à la capitale mondiale de la Dentelle mécanique, en l’occurrence la visite qu’ils firent à « leur » église (alors grandement détruite et sans toît), le 27 avril 1966.
Il nous avait gratifiés, par ailleurs, d’une exposition photographique personnalisée issue de la photothèque des « Amis du Vieux Calais » de grand intérêt historique.
Une journée dans son ensemble très conviviale qui nous aura permis de découvrir, en plus des monuments précités, quelques curiosités de la ville (merci à notre guide Marie-Claire Grassein épaulée par Michèle Lesaffre): la tour du Guet, le phare et ses 271 marches que les plus courageux gravirent, les abords de la citadelle, le village du Courgain maritime, le port avec sa colonne Louis XVIII rappelant le débarquement du roi en 1814, la place d’Armes, la façade de la Cité internationale de la dentelle et de la mode, les biscuiteries Vendroux.
Une autre curiosité, plutôt un étonnement : la rotation permanente des ferries à destination ou en provenance de la Grande-Bretagne où nous irons en juin prochain.
Bref, des instants des plus profitables aussi bien sur le plan historique (objet de notre démarche) que sur le plan humain et touristique, avec pour conséquences : notre adhésion aux deux organismes précités, notre soutien au parrainage de la rose « Notre Dame de Calais » qui ornera le futur jardin d’inspiration Tudor entourant l’église ou encore notre nouvelle venue, dans la capitale mondiale de la Dentelle mécanique, au colloque des 20 et 21 Novembre ayant pour thème : « Le Général de Gaulle et la Résistance ». Vaste programme disait le Général !


Parution Mai 2010

UNE HISTOIRE DE PLUS DE 250 ANS…
dans laquelle s’impliquent Louis XV, Madame de Pompadour, l’Ancien régime, l’Empereur, Napoléon III, la République hésitante d’avant 1900 et André Malraux.
Remontons donc le temps, celui où les rois de France étaient les protecteurs naturels des Beau-Arts et plus particulièrement Louis XV, enfant de cinq ans, seul survivant de la lignée légitime de Louis XIV qui le bénit sur son lit de mort.
Le 16 février 1723, Louis XV atteint sa majorité mais ce n’est qu’à la mort du cardinal de Fleury, le 29 janvier 1743, que Louis XV gouverne personnellement.
Mal préparé à cette haute fonction par ce précepteur, par ailleurs évêque de Fréjus, qui pourtant lui a fait donner une excellente instruction, le jeune monarque est un lecteur assidu. Indolent, il se contentera de laisser tourner « la bonne machine » de l’État.
L’Histoire de France qui retient plus facilement le règne du « Roi Soleil » ne peut, pour autant, ne pas faire valoir l’esprit curieux, subtil qui le caractérise ; de même qu’elle ne peut passer sous silence ce passionné de Sciences qui s’intéresse également à la physique, à l’astronomie, à la médecine et à la géographie.
C’est lui qui fit créer les chaires de physique et de mécanique au Collège de France, c’est lui qui fonda l’École des Mines et le corps des ingénieurs des Ponts-et-Chaussées, l’Académie de Marine de Brest, l’École Militaire de Paris, c’est encore lui qui chargea Cassini de dresser la carte du royaume.
On lui doit également, en 1745, la victoire de Fontenoy dans la guerre de Succession d’Autriche, la perte de l’Inde et du Canada en 1763, la Corse achetée le 15 mai 1768 à la République de Gênes, le coup de majesté du 7 décembre 1770 qui brisa les parlements et réforma la justice.
Pour finalité, un royaume puissant et en expansion telle est la France à sa mort, le 10 mai 1774, à Versailles.
Côté cœur, Louis XV ne comptait plus ses maîtresses.
Retenons celles qui lui ont donné des enfants : Pauline de Nesle, Marie-Louise O’Murphy, Catherine Hainault, Lucie d’Estaing, Anne de Romans, Jeanne Louise de la Colleterie.
En 1740, trois sœurs se succèderont dans la faveur du roi…
Reste la période brillante du règne liée à la mémoire de la Marquise de Pompadour dont le nom « galant et pomponné rimait bien avec l’amour ».
Ces deux personnages qui, finalement, nous ramènent au sujet, objet de toute notre attention, pour cette sortie hors du commun de notre Association en ce samedi 12 mars 2010 : la visite commentée des ateliers (et non du musée national de céramique!) de la Manufacture de Sèvres.
Technique ignorée par son prédécesseur, Louis XV créé la manufacture royale de Vincennes, installée dans le château du même nom, où les deux frères Dubois et Claude-Imbert Gérin, céramiste de génie, mettent au point une pâte de porcelaine tendre et toutes les couleurs nécessaires à la création du décor.
En 1745, le monarque accorde à la Manufacture sa protection, le monopole de la fabrication
et la décoration de la porcelaine en France.
A la suite de la profonde réorganisation de 1751, cinq ans plus tard, la Manufacture nationale de porcelaine poursuit l’activité de la Manufacture royale de Sèvres dans un palais construit pour elle, en lieu et place de ce qui aurait dû être une usine.
Protégée par Jeanne Poisson plus connue sous le nom de Madame de Pompadour, favorite royale avec le titre de dame du palais de la reine, celle-ci acquiert une position dominante en Europe, grâce à ses privilèges royaux et la qualité de sa production.
Notons au passage que la maîtresse de Louis XV, épouse du fermier général Charles Guillaume Le Normant d’Étioles jouera un rôle déterminant auprès du souverain, à la Cour et au gouvernement dans le domaine des Arts, de la philosophie, des lumières et de l’édilité parisienne. Elle contribuera au renversement des alliances et à la chute de plusieurs ministres. Choiseul lui devra sa fortune.
Vint l’époque de l’Ancien Régime, la perfection de la Manufacture est telle qu’elle écrase toute l’Europe y compris la Manufacture pionnière de Meissen qui fabrique la « porcelaine de Saxe ».
Il faut dire que Louis XV qui subventionne sa production par une dotation annuelle offre des porcelaines, tout au long de l’année, comme outil diplomatique. De plus, pour la Noël, il en fait porter à Versailles pour en faire des cadeaux et encourager les courtisans à en acquérir.
Bientôt, le style de la Manufacture évolue : les décors peints imitant des gravures traduites en camaïeu, imitent dorénavant la peinture en polychromie.
Toutefois, faute de l’indispensable Kaolin, Sèvres dans l’impossibilité de fabriquer la même pâte que la Chine et l’Allemagne qui utilisent de la « porcelaine dure » se doit de produire de la « porcelaine tendre » rayable à l’acier. Ce n’est qu’en 1770 que la même technique est utilisée pour faire des « biscuits » ressemblant plus que jamais au marbre ou pour imiter d’autres matériaux laque, soieries, joaillerie.
Notons que la pâte tendre qui gardait ses adeptes, servira à la fabrication du service de Louis XVI, aujourd’hui propriété de la reine d’Angleterre.
Sous Napoléon 1er, la manufacture retrouve tout son lustre. Elle connaîtra une grande période sous Napoléon III avec ses décors « pâte sur pâte » sous l’influence de l’Extrême-Orient.
En 1871, avec la disparition du souverain, Sèvres perd son protecteur naturel.
La République hésitante décide quand même de la maintenir en activité mais ce n’est que vers1900 qu’elle va connaître une véritable apogée.
Au cours du XXème siècle, elle connaît les heurs et malheurs de son temps : participation à l’expo des Arts décoratifs en 1925, en 1927 elle obtient son indépendance financière avant d’être atteinte par la crise économique de 1929 et sa réintégration dans le budget de l’État en 1941. Après guerre, en 1950, fidèle à ses qualités techniques elle traduit « le style 1950 ».
C’est André Malraux qui, en 1966, la sort de sa routine et lui désigne Serge Gauthier un directeur « explosif » qui introduit des artistes contemporains.
Lorsque notre délégation pénètre dans les murs de cette remarquable institution, il n’est pas besoin des précisions de notre charmante guide pour nous imprégner de la quiétude des lieux en opposition totale avec le charivari, le tohu-boru de notre vie présente.
Nous entrons, effectivement, dans un autre monde, où le temps ne compte absolument pas.
Seuls la précision, le savoir faire unique, l’amour de la bel ouvrage ont droit de cité chez les quelque 150 agents dont 120 céramistes (agents de l’État formés pendant 3 ans au centre de formation interne) qui exercent une trentaine de métiers différents dans 27 ateliers existants.
Grâce à leur haute technicité, 2 à 4.000 pièces sortent, par an, des ateliers qui dépendent les uns des autres, selon les techniques artisanales datant, pour la plupart, du XVIIIème siècle.
Un tiers de leur production est attribué aux grands corps de l’État (palais de l’Élysée, hôtel Matignon, Assemblée Nationale, Sénat, ambassades) l’autre partie étant commercialisée.
Notre attention est totale à l’écoute des explications révélant un langage spécifique tel celui concernant le « magot » (autrement dit la réserve) où plus de 90.000 moules sont conservés.
Elle est peut-être encore plus à la mise en pratique visuelle du célèbre bleu de Sèvres fabriqué sous nos yeux et réparti pour la teinture d’une assiette ; elle est, sans aucun doute, plus spectaculaire devant et à l’intérieur de l’un des 6 fours à bois du XIXème siècle dont l’un sert encore occasionnellement pour des réalisations de « décor de grand feu ».
Compte-tenu du nombre de métiers, plusieurs cuissons sont nécessaires pour achever une pièce en porcelaine de Sèvres (au moins 8 fois à haute et basse températures).
Le temps nous a paru bien court à la sortie de cette visite recommandable et recommandée, nous étions ainsi au diapason de ces techniciens hors pairs qui font la renommée à travers le monde de leur Manufacture mais aussi celle du savoir-faire artistique de la France.


Parution Avril 2010

SON PLUS MAUVAIS SOUVENIR, LE VILLAGE DE DOUAUMONT…

Dans ses Mémoires accessoires, son fils, l’Amiral Philippe de GAULLE écrit « Le village de Douaumont restera, pour lui, son plus mauvais souvenir ».
Cette confidence de quelques mots résume, à elle seule, l’effective bien triste journée vécue, ce 2 Mars 1916, par le Capitaine Charles de GAULLE, commandant la 10ème compagnie du 3ème bataillon du 33ème Régiment d’Infanterie en ligne
Un mauvais souvenir pour deux raisons : non seulement le combattant qu’il est a vu sa compagnie écrasée, mais encore plus, l’inimaginable s’est produit, il est tombé entre les mains de l’ennemi. En voici des extraits des faits, rapportés par l’Amiral :
A 6 heures 30, un bombardement massif d’une centaine de canons s’abat sur la ligne française qui va subir un pilonnage de plusieurs heures qui ne se ralentit que vers 11 heures.
37 hommes seulement de la compagnie de GAULLE sur plus de 180, répondant aux appels de leur capitaine tirent sur la vague d’Allemands qu’ils voient surgir devant eux et qu’ils plaquent au sol.
Ayant réussi à contenir ce premier assaut, ils subissent un deuxième bombardement non moins brutal et concentré.
Soudain, accourant des ruines du village jaillit à quelques mètres un flot de jeunes Allemands hagards poussés par les hurlements de leurs sous-officiers qui lancent des grenades et sautent dans la tranchée adverse…
… ce qui subsiste de l’unité du Capitaine de GAULLE est, à cet instant, coupé en deux îlots de résistance.
Vers 14 heures, comprenant qu’ils vont être détruits sur leurs positions en pure perte, le capitaine de GAULLE, contrairement à l’ordre général de résister sur place, décide de tenter une percée avec la dizaine d’hommes qui lui reste.
Ils tirent en enfilade dans un vieux boyau éboulé qui passe au sud de l’église. Le croyant dégagé le capitaine s’y faufile le premier, un fusil à baïonnette à la main.
A peine a-t-il sauté dans une sorte d’entonnoir qu’un groupe d’Allemands accroupis de part et d’autre dans un boyau perpendiculaire qu’il n’a pas vu, se jettent sur lui.
Il reçoit un violent coup de baïonnette dans la cuisse tandis qu’un coup de fusil à bout portant tue le sergent fourrier derrière lui.
Une grenade lancée d’on ne sait où explose dans la mêlée. Le Capitaine de GAULLE s’évanouit. Lorsqu’il reprend connaissance, on le traîne par terre jusqu’à la position qu’il vient de quitter occupée désormais par les Allemands.
En même temps, des tirs de contre batterie française commencent à s’abattre indistinctement sur vainqueurs et survivants.
En moins de 4 jours, 32 officiers et 1.442 hommes du 36ème R.I. sur moins de 2.000 au total sont tombés permettant à la seconde ligne française de ne pas être enfoncée.
Par conséquence, l’avance allemande est stoppée le 6 mars sans qu’elle ait pu s’emparer du terrain au sud de Douaumont.
Porté disparu, le Capitaine de GAULLE fait l’objet d’une citation à l’ordre de l’Armée signée Philippe PETAIN, commandant la 2ème armée dite « de Verdun ».
« Mon fils est mort en faisant son devoir » fait savoir son père.
Mais, deux mois plus tard arrive, via la Suisse, une lettre et ses certificats de blessures.
« Etre fait prisonnier, dira-t-il, ce n’est pas de la chance, c’est comme d’être cocu ».
Suivront cinq tentatives d’évasion puis, en 1920, ses combats au service de la Pologne contre les bolcheviques.
A la suite de quoi, il peut être avancé que, pour Charles de GAULLE, son histoire liée à l’Histoire de France qu’il finira par façonner ne fait donc que continuer…
En ce samedi 20 février 2010, « Les Témoins de l’Histoire » ont mis à profit leur 77ème pèlerinage traditionnel à Verdun pour effectuer une visite commentée du Fort de Douaumont (véritable cimetière où gisent des centaines de combattants) après s’être rendu sur les lieux des combats (village du même nom) du 33ème Régiment d’Infanterie et de l’un de leurs chefs, Charles de GAULLE, dont cette année verra le 70ème anniversaire de l’Appel du 18 Juin 1940, le 120ème anniversaire de sa naissance et le 40ème anniversaire de sa disparition.
Cet hommage fait suite au périple commencé en novembre à Lille, pour sa naissance et précède ceux de Calais, en avril (mariage avec Yvonne Vendroux), Abbeville, en mai (combats de reconquête1940) ainsi que Londres, pour la France Libre, en juin…
Les combats de 1940, voilà bien un sujet sur lesquels notre Association s’est fait un point d’honneur de sortir de l’ombre (contrecarrant les malheureuses images données quant à une certaine débandade !) en jumelant la bataille de Verdun avec un pèlerinage dans les Ardennes.
N’oublions jamais qu’en 40, pas moins de 116.000 soldats sont tombés face à l’envahisseur.
C’est ainsi que pour sa 13ème édition, notre Association a tenu à rendre hommage au 36ème R.I. qui s’est couvert de gloire dans le petit village ardennais d’OCHES.
Son sympathique Maire a bien voulu nous y accueillir pour nous préciser, je le cite :
« Au printemps 2009, Monsieur DEBRIL, vous me confirmiez votre présence à OCHES, le 21 février 2010. La municipalité, les habitants du village et moi-même sommes heureux de vous accueillir. Vous avez souhaité - en prolongement de votre 77ème pèlerinage traditionnel de Verdun - venir rendre hommage aux Combattants qui se sont opposés à l’envahisseur du 25 mai au 9 juin 1940, commémorer, honorer, vous recueillir devant notre monument aux morts et aux stèles implantées sur le territoire municipal.
Il y a 70 ans, les 23,24 et 25 mai 1940, la 1ère brigade de Spahis - composée du 4ème Régiment de Spahis Marocains et du 6ème Régiment de Spahis Algériens - commandée par le Colonel JOUFFRAULT, prenait position dans le secteur avec mission de stopper les Allemands qui venaient de franchir la Meuse.
Les Algériens s’installaient sur la commune de SY et les Marocains chez nous à OCHES ; pendant plusieurs jours, les fiers Cavaliers, à cheval et à pied, luttèrent avec acharnement ne laissant pas l’ennemi investir le secteur bien qu’il soit supérieur en nombre et en armement notamment en blindés.
Ils devaient alors être relevés par le 36ème R.I. dont de nombreux soldats ont trouvé la mort.
Trois stèles ont été posées au pied de l’église en leur souvenir : la première est celle du 36ème R.I. qui a perdu des siens dans le secteur et à OCHES ; la seconde, a été posée par le 4ème Régiment de Spahis Marocains dont 30 officiers, sous-officiers, brigadiers et spahis ont été tués ou grièvement blessés à OCHES ;la troisième enfin a été posée par les fantassins de la 16ème division d’infanterie allemande qui ont eu de lourdes pertes face à l’Armée française.
Par respect, en ce jour, pensons à tous nos soldats du 36ème R.I. ainsi qu’aux Spahis tombés au champ d’honneur en notre commune.
Monsieur DEBRIL, soyez assuré, courant 2010, je ferai remettre en état les gravures sur la stèle du 36ème…. Je vous remercie tous ici présents d’être venus… » (fin de citation).
Il faut dire que Monsieur le Maire était très satisfait d’une présence en nombre inespérée.
La chaleur de l’accueil des Lochards nous a bien vite fait oublier la fraîcheur de cette journée dominicale. Ce plaisir de rencontre s’est d’ailleurs effectué tout naturellement après une traversée du département des Ardennes recouvert d’une bonne épaisseur de neige qui n’a pas été sans nous procurer des craintes mais aussi un plaisir des yeux à la vue de paysages grandioses avec leurs arbres givrés ajoutant à la beauté d’une nature sauvage immaculée.
A mon tour de vous remercier, Monsieur Michel RATAUX, de nous avoir permis d’accomplir notre mission à l’égard de nos contemporains et des générations futures. Nous retenons, de vous et de vos administrés, le souvenir de braves gens pour qui le mot FRANCE, la France éternelle et sa grandiose Histoire gardent toutes leurs valeurs dont l’espoir en son avenir.


Parution Janvier 2010

« AVEC L'ÂGE, C'EST TOUJOURS L'ENFANCE QUI PREDOMINE ET SI JE POUVAIS ÊTRE MOI-MÊME, CE SERAIT PROBABLEMENT RUE PRINCESSE OU JE SUIS NÉ..."
Cette confidence faite à l’automne de sa vie prouve, si besoin était, malgré le temps s’écoulant combien Charles de GAULLE restait très attaché à Lille - capitale de la Flandre française détruite à plusieurs reprises au cours de onze sièges - où il vit le jour.
L’enfance qui prédomine… c’est d’abord la naissance, le 22 novembre 1890 à 4 heures du matin, au 9 rue Princesse là même où Jeanne Maillot, bien qu’habitant Paris, respecte la tradition de l’époque qui veut qu’un accouchement, alors une affaire uniquement de femmes… même le docteur, dans une pièce voisine, n’intervient qu’en cas de graves problèmes... (il n’y en eut pas !) ait lieu chez sa propre mère.
Cette voie (rue de la Constitution pendant la Révolution), proche du centre ville, située dans le quartier Saint-André très populaire connaissait une certaine animation avec ses entrepôts, ses abattoirs et l’activité générée par le canal de la Basse Deûle.
Malgré de nombreux commerces et entreprises artisanales (cordonnier, filateur de coton, coiffeur, marchand de légumes, entre autres) la rareté de la circulation et la discrétion de ses habitants en faisaient sa réputation.
Ces commerces côtoyaient les habitations résidentielles dont celle du numéro 9 où habitaient les grands-parents du petit Charles, de bourgeoisie moyenne.
La rue Princesse dépendant de la paroisse et de son lieu de culte, l’église Saint-André édifiée sous Louis XIV, dans la rue Royale, c’est dans cette maison de Dieu, que Charles, André, Joseph, Marie de GAULLE est baptisé le jour même de sa naissance toujours selon la coutume, et ce pour éviter tout risque de mort prématurée non négligeable à l’époque.
L’enfance qui prédomine… c’est donc et aussi ce 9 rue Princesse avec son entrée aux larges battants et son porche bordé de trottoirs où s’arrêtaient les voitures mais non pas « l’oncle Achille » fulgurant Spahi lequel, à l’émerveillement des enfants penchés aux fenêtres, avait l’habitude de faire caracoler sa monture dans la cour avant de venir saluer la maîtresse de maison, la grand-mère Maillot-Delannoy.
Le jardin intérieur comportait 2 pelouses, 9 arbres, des buissons de houx pour cacher le mur du fond ainsi que des arbustes dont une vigne tout au long des murs de mitoyenneté.
L’enfance qui prédomine… c’est encore les anciens ateliers de la propriété constitués de 3 pièces dont la troisième, longue au plancher raboteux, servait de salle de jeux pendant la mauvaise saison ou les jours de pluie. C’est également dans ses murs que des pièces de théâtre étaient écrites et jouées par les enfants de la demeure qui n’étaient admis dans les salons des grands-parents que pour les grandes occasions, parfois également dans la claire véranda dans laquelle la grand-mère lisait des albums ou racontait des histoires.
Ce qui prédomine l’enfance du « Petit Lillois de Paris » c’est dans cette « troisième pièce » que va se dévoiler, pourrait-on dire, sa prédisposition au commandement voire à la stratégie militaire.
Alors que ses frères Xavier (1887), Jacques (1893), Pierre (1897), se partageaient Allemands, Autrichiens, Anglais, Italiens, Russes, Turcs, Égyptiens, Boers et même Zoulous, le petit Charles s’adjugeait d’office l’armée française et les Suisses.
Des centaines de sujets (l’Amiral Philippe de GAULLE en héritera quelque 800) composaient ces forces mises en présence dans des champs de bataille reconstitués en papier ou en carton, les arbres sous forme de brindilles étaient plantées dans de la terre glaise ; côté marine, une soixantaine de bateaux de guerre en plomb creux reproduisait la bataille russo-japonaise du Tsoushima (1905).
Les règles des batailles en étaient bien précises : les corps à corps chiffrent les pertes aux dés, seul celui qui a eu l’avantage de l’échange peut manœuvrer, l’autre reste en place.
Les cavaliers se déplacent alors de 3 longueurs de crayon tandis que les fantassins ne peuvent le faire que d’une seule, les deux catégories étant soumis aux tirs de canons à poire qui lancent des petits pois secs.
Quant à la Marine, les déplacements et les portées de l’artillerie se font sur le même principe avec la particularité que les torpilleurs essuyaient le feu des cuirassés avant d’arriver eux-mêmes à distance de tir.
Les parents Henri et Jeanne de GAULLE très attachés au Nord ne manquaient pas de venir passer en famille les vacances de Pâques, visiter la foire de Lille et assister aux fêtes de la Saint-Nicolas.
Charles enfant séjournera plus spécialement chez sa grand-mère pendant l’hiver 1896-1897 afin d’éviter l’épidémie de scarlatine qui toucha ses trois frères et accomplira un temps d’études à Notre-Dame de la Sagesse (place aux Bleuets) avant de continuer ses études à Antoing en Belgique (en raison de la séparation de l’église et de l’État en 1905) sans pour autant négliger sa grand-mère qu’il adorait et à qui il rendra visite régulièrement..
Charles de GAULLE adoslescent considérant que l’Armée était « une des plus grandes choses au monde », il opte pour la carrière des armes et devient Saint-Cyrien en 1908… Là commence le destin militaire du futur « plus illustre des Français du 20ème siècle »
Dans le cadre du 70ème anniversaire de l’Appel du 18 Juin 1940, « Les Témoins de l’Histoire » ont décidé de se mettre « dans les pas de Charles de GAULLE » , au cours de l’année 2010, en respectant une chronologie des faits les plus marquants de sa vie.
Première étape : LILLE. (Novembre 1890-Novembre 2009).
Pour la seconde fois, la visite de la maison natale s’imposait. Ce que nous vîmes en cette journée du samedi 21 novembre, veille de l’anniversaire de la naissance, était totalement différent de l’aperçu de notre première venue, en 1997, où nous fûmes accueillis par Maurice SCHUMANN « la voix de la France Libre » à Londres et son épouse.
Hormis la maison d’habitation et ses quelques « arrangements » ajoutés, l’ensemble de la propriété a été, en effet, très modernisée au profit d’un « outil de médiation culturelle » avec apport de technologies numériques privilégiant l’interactivité, la rencontre et le dialogue.
Est-ce un bien pour les générations futures ? Est-ce un mal pour la réalité d’un certain passé et de son environnement d’origine ?
Ce qui ne fut pas du tout contestable, c’est notre visite en l’église Saint-André dite des « Angelots » où nous attendaient un portrait géant du Général, des drapeaux en nombre ainsi qu’un pavillon tricolore à croix de Lorraine surmontant les hautes grilles du chœur, une décoration exceptionnelle destinée à la messe annuelle traditionnelle du lendemain 22 novembre.
Un grand merci est dû à madame Louisette BOIDIN qui nous expliqua longuement, dans le détail, l’histoire de cette église, de sa restauration, rappelant au passage que sous la Révolution ce lieu de prières servait d’écurie, la maison d’en face ( un relai de postes) ayant été occupée par Robespierre venu « mettre de l’ordre » dans la région…
Puis ce fut un tour pédestre dans les rues pittoresques du vieux Lille avec la beauté de ses façades des 17 et 18ème siècles, avec ce style lillois fait d’un mélange de briques et de pierre sculptée ; une courte intrusion en cette ville chargée d’Histoire forte de ce refus de l’épée du colonel de Pardieu par le Prince Ruprecht de Bavière après une résistance héroïque de 3 jours, en 1914, ou la similitude de la résistance en 1940 (pendant encore 3 jours !) des quelque 40.000 soldats français face à 7 divisions allemandes et aux blindés de Rommel.
Autre sujet historique que nous ne pouvions manquer dans le quartier St Sauveur, pour clore cette très intéressante et conviviale journée ensoleillée, notre présence au remarquable monument honorant Emile DESROUSSEAUX, auteur de la célèbre berceuse du P’tit Quinquin et de ses non moins célèbres paroles : « Dors, min p’tit quinquin, min p’tit pouchin, min gros rojin, te m’fras du chagrin si te n’dors point ch’qu’à d’main »… une autre enfance !


Parution Novembre 2009

UNE ILE - DITE LUMINEUSE - ENTRE LE CIEL ET L’EAU…
Le 30 avril 1945, dès 5 heures du matin, 168 canons tirent 12.345 obus prémices sonores et ravageurs de la libération de la plus grande île française sur la côte Atlantique : OLÉRON.
Une heure plus tard, le bataillon de Fusiliers-marins de Rochefort et le 2ème bataillon du 50ème R.I. prennent pied sur la plage sud de la pointe de Saint-Trojan. A 10 heures, les chars Somua « S35 » du 13ème dragons débarqués par des navires, arrivent à leur tour en renfort.
Ce sont une partie des composantes de puissantes forces aériennes et navales engagées dans l’« Opération Jupiter » commandée par le Général de Larminat, nommé par le Général de Gaulle le 14 octobre 1944, au commandement des Forces Françaises de l’Ouest (F.F.O.), auxquelles s’ajoutent la Résistance locale de la brigade d’Oléron du général Marchand renforcée, elle-même, de la division Gironde dont l’effectif global peut être évalué à 8.882 hommes.
Face à eux, quelque 1.500 Allemands - répartis en troupes d’ouvrages ainsi qu’en 3 compagnies mobiles - suppléés par une compagnie de fusiliers-marins italiens du bataillon San Marco qui occupent 60 ouvrages bétonnés et arment 40 pièces d’artillerie d’un calibre égal ou supérieur à 75 mm, avec pour mission de surveiller l’estuaire de la Gironde et la passe d’entrée du port de La Rochelle.
Avant la nuit, le village des Alassins est atteint facilement par les Français mais les défenseurs solidement retranchés, passent à la contre-attaque. Elle est brisée par des tirs de mortiers.
Le ler Mai 1945, à 14 heures, le commando Fournier s’empare de Saint-Pierre d’Oléron et y capture le commandement allemand de l’île tandis que les chars Somua et l’infanterie procèdent au nettoyage systématique des derniers îlots de résistance.
A 18 heures, le colonel Durand obtient la reddition de presque toutes les troupes ennemies qui deviendra effective à 22 heures.
A l’issue des combats - après que l’artillerie française ait tiré 27.874 obus, la Marine 400 et que l’aviation ait largué, quant à elle, pas moins de 450 tonnes de bombes - on dénombre 18 tués et 55 blessés côté français, une cinquantaine de tués et 1.300 prisonniers dont 40 officiers côté germano-italien.
Sachant que Paris a été libéré le 25 août 1944, c’est donc huit mois plus tard que les places retranchées encore occupées (que l’Histoire retiendra sous l’appellation de « Poches de l’Atlantique ») de La Rochelle, Royan, la Pointe de Grave ainsi que les îles de Ré et d’Oléron peuvent enfin goûter l’immense soulagement d’une fin d’occupation pesante et meurtrière. Notons que sept jours plus tard, l’Allemagne vaincue signera définitivement sa capitulation…
Le 5 septembre 2009, en tout bien tout honneur, « Les Témoins de l’Histoire », à leur tour, débarquent et occupent pacifiquement cette île « lumineuse » réputée pour ses merveilleuses plages de sable fin mais aussi pour sa nature envoûtante, et ce afin de profiter au maximum des nombreux attraits que leur offre le « Pays Marennes-Oléron ». Il va sans dire qu’ils garderont mémoire très longtemps de l’ensemble des curiosités prévu par un programme éclectique où se partagent, comme il est dans leur tradition, Histoire et Culture.
C’est d’abord, Saint-Pierre-d’Oléron, en quelque sorte « la capitale de l’île », où ils font escale pour un brin de shopping dans la rue piétonne, le marché typique avec découverte de son église de style gothique du XIIème siècle dont la couleur claire sert d’amer aux marins,
puis la lanterne des morts haute de 30 mètres érigée du temps de l’occupation anglaise au XIIème siècle dont un autel s’adosse curieusement à l’une de ses faces.
Dans la rue Pierre Loti, ils marquent encore un long temps d’arrêt devant la Maison dite « des Aïeules », demeure des grands-parents maternels de l’écrivain-navigateur où il venait passer ses vacances d’adolescent. Là, en 1923, Pierre Loti fut enterré dans le jardin familial « sous le lierre et les lauriers », à l’instar de ses ancêtres huguenots. Près de son corps ont été placés, selon ses désirs, son seau et sa pelle d’enfant ainsi que le paquet de lettres d’Aziyadé.
A l’évocation du nom de cet amour profond, nous ne pouvons que nous remémorer notre visite aux maisons Loti de Rochefort lors d’un précédent voyage en Charentes.
Vient le temps d’un embarquement au port de Cayenne, à Marennes, métropole de l’huître, jadis île du golfe de Saintonge. C’est dans les eaux de ce dernier que nous effectuons une navigation appréciée au cœur des installations des parcs à huîtres du bassin de Marennes-Oléron, jusqu’au large de Ronce-les-Bains. Un bien bon bol d’air marin ! Quel spectacle !
Des huîtres il en sera question tout au long du séjour ! C’est pourquoi dès notre débarquement nous nous attablons en bordure de chenaux pour en déguster et nous mettre en bouche…
Le lendemain, au port des Salines, c’est la découverte du Marais salant suivi d’un arrêt à St Trojan-les-Bains où un reposant « repas froid » est pris au cœur de la forêt domaniale. Il faut dire qu’un rendez-vous très précis nous est donné au site le plus visité de l’île, le port de La Cotinière pour assister à « la criée » du 9ème port de pêche français. En ses murs, tandis que les prix s’affichent sur écran lumineux, crevettes grises ou roses, soles, bars de ligne, céteaux, crabes, langoustines défilent sous nos yeux dans un ballet incessant de tapis roulants.
Autre sujet, sans petit train, il n’est pas de voyages lointains « Témoins de l’Histoire » !
Nous le prenons donc au Château d’Oléron pour un circuit des plus détendus. A son bord, (avant le port ostréicole et la cité) nous pouvons apprécier l’ancienne place forte du XVIIème siècle commencée sous Louis XIII, construite par Vauban à l’initiative de Richelieu. Louis XIV créant, dans le temps, une ceinture de feu pour protéger l’embouchure de la Charente. Retenons aussi que sous la Révolution elle reçut de nombreux déportés laïques et religieux ; occupée par les Allemands, bombardée le 17 avril 1945 elle a été restaurée depuis 1988.
Chers amis, connaissez-vous la bière d’Oléron au Cognac ou encore la Vodka oléronaise ?
En ce qui nous concerne, ces spécialités nous ont été dévoilées au cours de la visite de la distillerie Maxime Pinard (un nom prédestiné !) et de son vignoble des Alletières de 60 hectares sur 4 communes permettant une production familiale depuis plusieurs générations, de Pineau des Charentes, Cognac, vin de pays dont la dégustation sera fort appréciée.
Après le palais, c’est au tour du plaisir des yeux, avec la rencontre d’un naturaliste du parc ornithologique dit « Marais des Oiseaux », centre de sauvegarde de la faune sauvage où viennent hiberner et nidifier de nombreux oiseaux (hérons, aigrettes, pélicans et autres bernaches) où nous côtoyons quelque 800 volatiles, la plupart en liberté dont des paons.
Nous effectuons ici une B.A., le parc soignant des animaux en détresse trouvés dans la nature.
Autre lieu à ne pas manquer : le Phare du Chassiron offrant non seulement une vue magnifique et grandiose sur l’immensité de l’Océan mais également la montée des 224 marches pour atteindre son sommet en passant par son écomusée situé au ler étage.
L’après-midi, à nouveau deux étages à gravir au Fort Louvois, accessible que par marée basse, « petit frère du Fort Boyard », dont les tirs de canons se croisaient avec ceux de la citadelle du Château d’Oléron pour verrouiller l’accès sud de Rochefort.
Notre dernière visite sera consacrée à la place forte de Brouage, patrimoine unique, au passé prestigieux et passionnant, ville mémorial de l’amitié franco-québécoise où est né Samuel de Champlain, navigateur-colonisateur d’une partie du Canada et fondateur du Québec, en 1608.
C’est le cadre aussi de la très belle histoire d’amour entre Marie Mancini (nièce de Mazarin) et Louis XIV, âgés de 20 ans, dont Racine s’emparera pour créer sa tragédie Bérénice.
Hélas, hélas, hélas, l’espace manque pour vous en raconter le déchirant déroulement !
Je pourrais aussi m’abstenir d’évoquer les deux tentatives, à deux jours d’intervalle, par deux compagnies, dans deux ports différents pour une excursion en mer avec tour de l’île d’Aix et du Fort Boyard : les moteurs des vedettes ne tournaient plus… sans doute épuisés par la saison estivale ! Qu’importe, restons positifs avec le dernier souvenir d’une excellente dégustation d’huîtres dans une cabane d’écaillage au milieu des claires et des chenaux qui mettait un point final au parcours exceptionnel commenté du site ostréicole de Fort Royer.
Une certitude : A l’unanimité des participants, si c’était à refaire, nous le referions.


Parution Novembre 2008

« L’ON PUT VOIR ARRIVER, AU MILIEU DES COMBATTANTS, UNE PETITE VIEILLE AVEC SA VOITURE A ÂNE...

C’était Madame GOUNOT, de Giry, mère nourricière d’André NEUGNOT, tué à Forcy. Ayant appris la mort de son fils - son mari Louis GOUNOT était le maire de Giry et fut le premier informé - elle partie avec sa carriole chercher le corps de son enfant malgré les adjurations de tous.
A chaque rafale, à chaque tir, la bourrique s’arrêtait, mais rien n’aurait pu stopper « la Jeanne CHATIN » comme on l’appelait à Giry. A grands coups de trique dans l’arrière-train de la bête, elle parvint sur les lieux des combats, chargea le corps de son gars dans la voiture, sur un lit de fougères, et le ramena au pays à travers les troupes allemandes qui la laissèrent passer, comme avec respect. »

Dispersés aux quatre coins de notre France, ils reviennent dans le Morvan, chaque année au 15 août, de moins en moins nombreux, pour renouer les liens qui les unissaient en cet été torride d’Août 1944, sous la bannière à croix de Lorraine de la Résistance française.
Ils, c’étaient « Les MARIAUX », du maquis nivernais du même nom, ces « terroristes » selon l’occupant allemand et les sbires de Vichy qui livrèrent à Forcy-Moussy « l’une des batailles des plus importantes, concernant les maquis, sur le plan national » d’après le Colonel Jean LARDRY (Lieutenant au moment des faits).
Le Morvan, point stratégique entre l’Ouest et la vallée du Rhône, une nasse devenue passage obligatoire pour les nazis du Sud-Ouest et du Centre (en retraite vers l’Est) comptait alors quelque 12.000 maquisards bénéficiant de l’appui de la population et d’un environnement propice à la guérilla : routes sinueuses et encaissées traversant d’épaisses forêts.
Le maquis MARIAUX, qui nous intéresse ici, né dans les premiers jours de juin 1944, était fort de 535 hommes installés entre la Goutte du Charme et la ferme de la colonne, à quelques kilomètres de Crux-la-Ville. Ces « Combattants de l’ombre » étaient, d’une part, des membres du mouvement « Vengeance » formé dès mars 1942, d’autre part, de nombreux réfractaires au S.T.O. et enfin des officiers aguerris militant au sein de l’O.R.A.
Ils avaient pour la plupart, 17, 18, 20 ans, en bref des jeunes gens certes inexpérimentés mais volontaires et parfaitement déterminés dont la méconnaissance en matière militaire était, toutefois, largement compensée par un moral des plus élevés qui les rendait, peu à peu, téméraires voire exceptionnels.
Il faut dire, aussi et peut-être surtout, que leur encadrement de très grande qualité composé d’officiers qui, après avoir brillamment combattu lors de la « campagne de France », en mai-juin 40, avaient, à l’instar du chef de la France Libre puis de la France combattante, très rapidement refusé la défaite honteuse dans l’objectif final de bouter l’ennemi hors du pays.
Des pages entières de cette revue seraient nécessaires pour relater dans le détail les faits marquants de ce maquis MARIAUX associé localement aux maquis DANIEL (100 résistants) et JULIEN (263 résistants) en une bataille de Crux-la-Ville enregistrée au ministère de la Guerre sous le nom de combats de Moussy qui débutèrent effectivement le 12 août 44.
Car l’histoire du Maquis MARIAUX c’est aussi une multitude d’histoires dans l’Histoire de la Résistance intérieure du Morvan voire de la Résistance intérieure française en général.
Ainsi : le 19 Juillet 1944, à 1.500 mètres environ de Lurcy-le-Bourg, un homme informe nos douze maquisards se rendant au maquis du Coursier, près de Prémery à bord de deux traction avant (armées chacune d’un F.M. servi par deux hommes installés dans le coffre) que 5 véhicules allemands arrêtés en quinconce, portières ouvertes, un camion en tête, trois voitures au milieu, un camion en queue barraient la route.
A leur vue, GOBILLOT crie à Jacques CHATILLON qui conduisait la première traction « Fonce ! Dans le fossé ! ». A 100 à l’heure, la voiture passe sur l’accotement droit, arrache au passage la portière ouverte de l’un des véhicules ennemis, les deux roues de droite sur le bas-côté, criblée de balles de mitrailleuse. De petite taille CHATILLON s’accroupit alors sous le volant continuant à piloter en se guidant sur les fils téléphoniques au-dessus de lui.
Pneus déjantés, ils parviennent à abandonner leur voiture dans Lurcy-le-Bourg…
La seconde traction qui suit, à quelque 60 mètres, est pilotée par Robert MARIAUX.
Des balles ayant crevé les pneus avant : elle pique du nez et capote.
Rapidement, quatre des occupants tentent de s’enfuir dans la prairie sous le feu des mitrailleuses. On retrouvera leurs corps dans les roseaux, en partie dépouillés de leurs vêtements et de leurs montres (les deux autres regagnant le camp du Coursier dans la nuit).
C’est ainsi que le maquis prend alors de nom de son premier mort, celui de MARIAUX.
L’intérêt particulier de notre Association envers ce maquis vient du simple fait que dans nos rangs figurent quatre membres d’une même famille répondant au nom de ZMARIC.
Au cours d’un aparté, le père qui vient malheureusement de nous quitter tout récemment fait savoir au Président Christian DEBRIL que son propre père Antonin et son oncle Willy ZMARIC ont combattu chez « les Mariaux ».
Aussitôt ce dernier prend contact avec le Président Albert GRAILLOT qui se mettent pleinement d’accord quant à la participation des « Témoins de l’Histoire » aux cérémonies annuelles du 15 août, comme par exemple cette année malgré une pluie battante et continue.
Un premier contact en pleine communion avec tous les rescapés, qui se transformera bien vite en amitié dans le respect de leurs actions passées et pour la mémoire de leurs morts.
Concrètement, en mai 2005, une plaque associative a été déposée sur la sépulture d’Antonin ZMARIC. A même époque, a lieu l’inauguration officielle de la restauration (aux frais de notre Association) de la tombe du jeune André Neugnot (mort pour la France à 18 ans) dont il est question au début de ce texte. Une tombe détériorée quasiment à l’abandon depuis la disparition de Madame GOUNOT et de son mari Louis, juxtaposée à celle d’André Mariaux, dans le cimetière communal de Giry : André Neugnot de l’Assistance publique n’ayant plus aucune famille pour veiller à l’entretien de sa sépulture…
Dans un choix difficile s’il en est, un autre héros, une autre fin tragique mérite d’être mise, également, en exergue dans cet écrit pour mieux comprendre le contexte de l’époque.
« Dans la nuit du 5 au 6 août, vers 4 heures, des groupes de couverture sont attaqués par des patrouilles allemandes à Forcy et à l’étang de Chausselas. Ces dernières sont repoussées.
Le lendemain après-midi, Jean SANSON de SANSAL est arrêté peu après Prémery, sur la route de Nevers, à la suite d’une probable dénonciation.
Après interrogatoire, sans se départir, il conduit l’occupant à l’ancien camp dit « La Fontaine au Coursier ». Lié à un arbre, torturé, il meurt le 9 août sans avoir parlé.
Ses restes (lambeaux de chair et d’étoffe), encore attachés à un tronc, ne seront découverts qu’à la Libération après identification grâce à ses chaussures anglaises en cuir craquelé par l’usure et à son numéro matricule apparent sur son vieux caleçon de l’armée. »
Décoré, à titre posthume, de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre « Il laissera l’image d’un garçon d’une sincérité et d’une générosité exemplaires, d’un modèle de courage, de patriotisme et d’abnégation.»
Jeunes de France, et moins jeunes, puissiez-vous vous imprégner et mettre en pratique dans votre propre intérêt voire dans celui de notre cher et vieux pays – hors Guerre bien entendu - ces qualificatifs que nos résistants nivernais novices ont su si bien appliquer à eux-mêmes : Ardeur, valeur, entrain, courage, patriotisme, abnégation.
Alors qu’à Crux-la-Ville la Gestapo ouvrait les cercueils des maquisards dans l’église, au Maquis MARIAUX, tout en combattant à l’arme blanche, à la grenade sous les obus et les bombes aériennes, après 3 jours et 3 nuits de combats violents, de privation de ravitaillement, ils faisaient don de leur personne ou luttaient courageusement pour NOTRE LIBERTÉ !
André NEUGNOT avait 18 ans Robert MARIAUX 22 et Jean de SANSAL 24…


















































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